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Études supérieures en France : gratuit en apparence, ruineux en réalité pour ceux qui ne peuvent pas se le permettre

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Études supérieures en France : gratuit en apparence, ruineux en réalité pour ceux qui ne peuvent pas se le permettre

Chaque année, à la rentrée universitaire, le gouvernement rappelle fièrement que les droits d'inscription dans les universités publiques françaises s'élèvent à quelques centaines d'euros — 175 euros en licence pour l'année 2024-2025. Comparée aux dizaines de milliers de livres exigés par les universités britanniques, ou aux frais astronomiques des établissements américains, la France semble incarner un modèle vertueux d'accès démocratique au savoir.

Cette comparaison est vraie. Et elle est, en même temps, profondément trompeuse.

Ce que les frais d'inscription ne disent pas

Lorsqu'on parle du coût des études supérieures, les droits d'inscription ne représentent qu'une fraction infime de la réalité financière. L'Observatoire de la vie étudiante (OVE) estime que le budget mensuel moyen d'un étudiant non boursier en France dépasse 1 100 euros, dont la moitié est absorbée par le seul poste logement.

Sur une année universitaire de dix mois, cela représente plus de 11 000 euros. Sur trois ans de licence, plus de 33 000 euros. Et ce calcul ne tient pas compte des frais de transport, des manuels universitaires, des équipements informatiques, des frais de candidature aux grandes écoles préparatoires, ni du coût psychologique et économique des petits emplois alimentaires qui empiètent sur le temps d'étude.

Pour une famille dont le revenu net mensuel est de 2 000 euros — soit légèrement au-dessus du SMIC —, financer un enfant à l'université représente un effort colossal, souvent incompatible avec le maintien d'un niveau de vie décent pour le reste du foyer.

La bourse, rempart insuffisant

Face à ce constat, le système de bourses sur critères sociaux est censé jouer un rôle compensateur. En réalité, ses limites sont bien documentées. Les plafonds de ressources sont calculés sur les revenus des parents, sans tenir compte de la composition réelle du foyer, des dettes, ou des charges exceptionnelles. Des familles objectivement en difficulté se retrouvent au-dessus des seuils d'éligibilité et n'obtiennent rien.

Par ailleurs, même la bourse maximale — environ 6 300 euros annuels pour l'échelon le plus élevé — ne couvre pas l'intégralité du budget étudiant. Elle constitue un soutien partiel, non une solution complète. Les étudiants boursiers doivent malgré tout travailler, s'endetter informellement auprès de leurs proches, ou réduire leurs dépenses alimentaires et de santé à des niveaux préoccupants.

Un rapport de l'IFOP publié en 2023 révèle que près d'un étudiant sur cinq déclare avoir connu une situation d'insécurité alimentaire au cours de l'année universitaire. Ce chiffre, dans le pays de la gastronomie et de la tradition républicaine, devrait provoquer un scandale national. Il suscite, au mieux, des articles de presse éphémères.

Le travail étudiant : une solution qui aggrave le problème

Faute de ressources suffisantes, la grande majorité des étudiants issus de milieux modestes travaillent en parallèle de leurs études. Selon l'OVE, plus de 45 % des étudiants exercent une activité rémunérée pendant l'année universitaire. Parmi eux, ceux qui travaillent plus de quinze heures par semaine voient leur réussite académique significativement altérée : taux d'échec plus élevé, allongement de la durée des études, renoncement aux stages non rémunérés ou faiblement rémunérés.

Or, qui peut se permettre de ne pas travailler ? Principalement les étudiants dont les parents financent intégralement le logement, l'alimentation et les loisirs. Ces mêmes étudiants disposent de davantage de temps pour les révisions, les activités associatives valorisées dans les CV, les voyages à l'étranger, les stages à Paris ou à l'international. L'égalité formelle des droits d'inscription dissimule ainsi une inégalité réelle et croissante dans les conditions de réussite.

Les grandes écoles : le vrai fossé caché

Le système des classes préparatoires et des grandes écoles mérite une attention particulière. Ces filières d'élite, souvent présentées comme le symbole du mérite républicain, sont en réalité massivement socialement sélectives. Les frais de scolarité dans certaines grandes écoles de commerce dépassent 15 000 euros par an — et les écoles publiques de prestige, bien que moins chères en apparence, exigent deux ou trois années de préparation intensive dans des lycées qui concentrent leurs ressources sur les familles capables d'y consacrer temps et argent.

Un enfant d'ouvrier qui réussit à intégrer HEC ou Sciences Po n'a pas simplement réussi un concours : il a surmonté un obstacle systémique que son homologue issu des beaux quartiers n'a même pas perçu comme tel.

Une dette invisible aux conséquences très réelles

La France n'a pas de dette étudiante au sens américain ou britannique. Mais elle a quelque chose de peut-être plus insidieux : une dette familiale invisible. Des parents qui ont épuisé leur épargne, renoncé à leur retraite complémentaire, ou multiplié les heures supplémentaires pour maintenir un enfant à l'université. Des étudiants qui entrent dans la vie active avec un retard financier structurel par rapport à leurs pairs plus favorisés — sans que ce retard soit jamais nommé, comptabilisé, ou compensé.

Ce silence est lui-même une forme d'inégalité. Reconnaître le coût réel des études supérieures en France serait un premier pas vers une politique publique à la hauteur de l'ambition républicaine affichée. Cela supposerait d'augmenter substantiellement les bourses, d'investir massivement dans le logement étudiant public, et d'encadrer sérieusement le travail étudiant pour qu'il ne devienne pas un obstacle à la réussite.

Jusqu'à ce que cette reconnaissance advienne, le mythe de la gratuité continuera de masquer un système qui distribue les chances de manière profondément inégale — et qui fait payer aux plus modestes le prix le plus élevé pour un accès au savoir théoriquement universel.

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